| Présentation de l’exposition
qui eut lieu à la maison Européenne de la Photographie en octobre, novembre et décembre 2004 et du chapitre qui porte le même nom dans le livre « Je, tu, île, mes îles Saint-Louis ».
Pendant des années, à la radio, j’ai tendu au début de mes émissions un miroir à mes invités. Ceux-ci devaient se décrire, se mentir, se trahir, s’exagérer, se flatter. Ils devaient jouer avec leur je.
Rétroviseurs ovales ou carrés, rectangulaires ou ronds, reflets dans des glaces se sont encore des miroirs que j’ai choisis afin que des hommes se racontent et que je raconte leur histoire.
Cocteau a évoqué la traversée du miroir. Je n’ai fait que l’emprisonné dans des émissions ou à l’intérieur de photographies afin de repousser le moment où je devrais le traverser.
Le miroir comme la photographie prouvent que chaque minute est en danger de mort. Chaque minute assassinera la précédente et sera tuée par la suivante.
La photographie est une histoire de meurtre. C’est pour cela qu’elle est si excitante.
Je me suis demandé pourquoi le plaisir de photographier me semble si proche de celui de faire des émissions de radio. Il me semble qu’il s’agit de la même jouissance, celle de l’instant, celle de l’immédiateté.
L’obligation est la même, provoquer l’émotion ou la saisir. Ne rien repousser, rien ne doit arriver trop tard. Une confidence après une émission, c’est trop tard. Un couple qui quitte un banc avant que vous ne l’ayez photographié, c’est trop tard.
Photo, radio, il faut aller vite, ne pas espérer que plus tard sera mieux que maintenant. Il s’agit d’être totalement dans le maintenant, de se coucher dedans et de ne surtout pas s’endormir.
Je crois que la photo comme la radio est une affaire de jouissance, jouissance du présent par peur de l’avenir et par crainte de la nostalgie.
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